La 97ème édition du Tour de France rendra hommage à la montagne et au centenaire du premier passage de la Grande Boucle dans les Pyrénées.
C'est devenu une constante, une nouvelle marque de fabrique, presque une obsession. Chaque année, les organisateurs du Tour de France s'attachent à surprendre, à s'écarter des sentiers battus. Pas question de mener une révolution mais le mot d'ordre reste le même : il faut désorienter, offrir des tracés respectant l'âme profonde de la Grande Boucle tout en allant chercher des formules inédites pour empêcher les champions de se reposer sur des acquis. Le parcours du Tour de France 2010 a donc été dévoilé ce midi Porte Maillot, dans l'immense salle fourmillante du Palais des
Congrès de Paris. Si le départ l'été dernier de Monaco invitait inexorablement les organisateurs à proposer un parcours inédit, celui de Rotterdam le samedi 3 juillet 2010, semblait augurer d'un dessin relativement classique. Il y aura pourtant bien de l'audace sur le parcours du 97ème Tour de France, présenté en fin de matinée.
A 12h18 précisément, Christian Prudhomme a levé le voile sur les quelques 3596 kilomètres de routes qui sépareront Rotterdam de Paris en juillet prochain. Pour la cinquième fois, le Tour de France s'élancera des Pays-Bas, depuis la plus grande cité portuaire d'Europe, où un prologue de 8 kilomètres lancera la compétition. Pays du vélo, la Hollande recevra ainsi le Grand Départ du Tour de France pour la cinquième fois, un record. Et les premières étapes, disputées à l'étranger, offriront un spectacle sensationnel. La première étape en ligne traversera les polders, entre terre et mer, avant de s'engager dans les Flandres en direction de Bruxelles. Ces premières étapes rendront hommage aux classiques du nord : les Ardennaises en direction de Spa avec notamment l'ascension de la côte du Rosier... et surtout les Flandriennes vers la localité d'Arenberg.
En faisant entrer le Tour de France sur le territoire national par le Nord, les organisateurs se devaient d'honorer les pavés de l'Enfer du Nord, l'un des patrimoines du cyclisme français. Le mardi 6 juillet, sept secteurs-pavés pour un total de 13,2 kilomètres devront être négociés en direction d'Arenberg, parmi lesquels Sars-et-Rosières, Tilloy, Wandignies et Haveluy dans les 30 derniers kilomètres. Ce retour sur les pavés, six ans après un dernier essai du genre, aura de quoi en décontenancer plus d'un aux premiers jours du Tour de France. Ensuite, la course mettra le cap vers le premier massif montagneux, les Alpes, abordées en fin de semaine par le Jura et une première étape semi-montagneuse vers la Station des Rousses le samedi 10 juillet. Commenceront alors les choses sérieuses avec l'entrée de la course dans les Alpes, garanties copieuses !
Le centenaire du Tour dans les Pyrénées imposait que la course s'y joue.
Place aux grimpeurs ! La première étape alpestre se conclura au sommet de Morzine-Avoriaz, ascension précédée de celle du col de la Ramaz. Le lendemain, il faudra gravir la Colombière, les Aravis, les Saisies et la Madeleine dans une étape qui s'achèvera à Saint-Jean-de-Maurienne. La sortie des Alpes s'effectuera le mercredi 14 juillet entre Chambéry et Gap, par-delà des routes qui ont marqué l'Histoire du Tour en 2003, quand Lance Armstrong avait coupé à travers champ... Copieuses, les Alpes, mais certainement pas décisives. Car le centenaire du premier passage du Tour de France dans les Pyrénées imposait que la course s'y joue pleinement. Quatre étapes pyrénéennes se profileront donc, lesquelles seront atteintes en toute fin de deuxième semaine après de belles étapes de transition qui passeront notamment par Mende et sa Montée Jalabert.
Les Pyrénées, donc, seront le juge de paix de cette édition 2010 fort montagneuse. Au cours de sa traversée du massif, le Tour panachera cols mythiques et historiques et nouveaux cols découverts au XXIème siècle. La première étape pyrénéenne, le dimanche 18 juillet, se terminera au sommet d'Ax-3 Domaines après l'escalade du Port de Pailhères. Le lendemain, trois ascensions figureront au programme avant l'arrivée à Bagnères-de-Luchon : le Portet d'Aspet, les Ares et le Port de Balès. Mais c'est tout autant l'étape suivante, le mardi 20 juillet, qui retiendra l'attention. Cent ans jour
pour jour après la première incursion du Tour dans les Pyrénées, les coureurs en découdront avec l'enchaînement historique Peyresourde-Aspin-Tourmalet (par la Mongie)-Aubisque ! Il demeurera pourtant une dernière étape hautement décisive...
Quand le Ventoux avait joué les juges de paix sur la précédente édition, c'est le Tourmalet qui sera dans tous les esprits en juillet. Emprunté une première fois le mardi 20 juillet, il marquera le terme de la 17ème étape le jeudi 22 juillet, au lendemain d'une seconde journée de repos. Au sommet du Tourmalet, escaladé par Barèges après les ascensions de Marie-Blanque et du Soulor, on connaîtra vraisemblablement l'identité du vainqueur du Tour. Il ne restera qu'un contre-la-montre individuel, le seul au programme (!), pour départager tout ce joli monde sur 51 kilomètres entre Bordeaux et Pauillac à la veille de l'arrivée sur les Champs-Elysées. Symboliquement, ce 97ème Tour de France vouera donc un culte à la montagne et aux Pyrénées en particulier. Sur les bases d'un tracé classique, les organisateurs ont dessiné un parcours formidablement audacieux !
Les 21 étapes du Tour de France 2010 :
•Prologue (samedi 3 juillet) : Rotterdam (8 km CLM)
•1re étape (dimanche 4 juillet) : Rotterdam-Bruxelles (224 km)
•2ème étape (lundi 5 juillet) : Bruxelles-Spa (192 km)
•3ème étape (mardi 6 juillet) : Wanze-Arenberg (207 km)
•4ème étape (mercredi 7 juillet) : Cambrai-Reims (150 km)
•5ème étape (jeudi 8 juillet) : Epernay-Montargis (185 km)
•6ème étape (vendredi 9 juillet) : Montargis-Geugnon (225 km)
•7ème étape (samedi 10 juillet) : Tournus-Station des Rousses (161 km)
•8ème étape (dimanche 11 juillet) : Station des Rousses-Morzine-Avoriaz (189 km)
•repos (lundi 12 juillet)
•9ème étape (mardi 13 juillet) : Morzine-Avoriaz-Saint-Jean-de-Maurienne (204 km)
•10ème étape (mercredi 14 juillet) : Chambéry-Gap (179 km)
•11ème étape (jeudi 15 juillet) : Sisteron-Bourg-lès-Valence (180 km)
•12ème étape (vendredi 16 juillet) : Bourg-de-Péage-Mende (210 km)
•13ème étape (samedi 17 juillet) : Rodez-Revel (195 km)
•14ème étape (dimanche 18 juillet) : Revel-Ax-3 Domaines (184 km)
•15ème étape (lundi 19 juillet) : Pamiers-Bagnères-de-Luchon (187 km)
•16ème étape (mardi 20 juillet) : Bagnères-de-Luchon-Pau (196 km)
•repos (mercredi 21 juillet)
•17ème étape (jeudi 22 juillet) : Pau-Col du Tourmalet (174 km)
•18ème étape (vendredi 23 juillet) : Salies-de-Béarn-Bordeaux (190 km)
•19ème étape (samedi 24 juillet) : Bordeaux-Pauillac (51 km CLM)
•20ème étape (dimanche 25 juillet) : Longjumeau-Paris-Champs-Elysées (105 km)
Lance Armstrong : "C'est très excitant, comme toujours. Les Alpes, les Pyrénées, très peu de contre-la-montre. La première semaine sera difficile, nerveuse et intéressante. On ira dans le Nord de l'Europe avec des pavés, ce sera compliqué. Je pense qu'il faudra qu'on ait des garçons capables de supporter le poids de la course lors de la première semaine. Il faudra passer les pavés en tête, il faudra des coureurs costauds. Concernant le Tourmalet, l'arrivée à son sommet sera décisive. C'est intéressant de faire deux fois l'ascension de ce col mythique. J'aurais 39 ans l'an prochain. Cela ne va pas m'aider, mais l'ambition sera de gagner tout simplement, même si l'opposition sera redoutable. Je suis très excité par cette perspective"
Alberto Contador : "Je pense que ce sera un tour pour grimpeurs. Ce sera difficile et plus dur qu'en 2009. Il y aura les pavés dès le troisième jour. Cela sera important. J'aime ce parcours. J'ai déjà couru sur les pavés, mais ce n'est pas mon secteur de prédilection. Ce ne sera pas un problème pour moi. Il faudra éviter les chutes et j'espère qu'il ne pleuvra pas. Concernant les Pyrénées, cela sera différent. Le Tourmalet arrive en fin de Tour de France. J'attends avec beaucoup d'impatience cette arrivée au sommet. En 2010, mon équipe sera à mon service. Je n'aurais pas besoin de demander la permission pour attaquer cette fois-ci. L'an prochain, l'objectif reste le Tour de France. Je pense faire le Dauphiné Libéré, juste avant la Grande Boucle et j'espère être présent dès le début de la saison"
Andy Schleck : "C'est un tour très difficile. Plus difficile qu'en 2009. C'est différent également. Le départ aux Pays-Bas et en Belgique sera mouvementé. L'objectif sera de prendre le plus de temps dès les premières étapes de montagne. Il n'y a qu'un chrono mais il est assez long quand même. Je pense qu'on va faire un gros travail de reconnaissance dans les mois qui viennent. Je participerai à ce Tour pour le gagner. Alberto sera toujours le grand favori, mais Lance sera plus motivé que jamais et sera plus fort que cette année. Il y a 5-6 garçons qui peuvent gagner. Il y aura une grosse bataille"
Mark Cavendish : «Globalement, ce sera un Tour très dur. Il y a quatre, cinq étapes pour pur sprinter, peut-être une ou deux de plus, et ensuite il faudra que je survive à deux semaines de montagne. Pour le maillot vert, ce n'est pas un Tour favorable pour moi, même si le franchissement des montagnes n'est plus un problème pour moi, maintenant que j'ai réussi à terminer un Tour de France. Je vais me préparer pour ce Tour de la manière habituelle, avec l'objectif d'arriver au début du Tour au sommet de ma forme.»
Thor Hushovd : «Dès le départ, la course va être très nerveuse, avec les étapes en Hollande et les pavés. Evidemment, les pavés, c'est une difficulté que je connais et que j'apprécie. Je reviendrai bien sûr pour défendre le maillot vert que j'ai gagné cette année. Mais la montagne sera difficile à passer, je ne vais pas refaire tous les ans ce que j'ai fait cette année (échappées lors d'étapes de montagne NDLR), et les Pyrénées, je n'ai pas besoin qu'elles soient trop dures. Je n'ai pas encore ciblé d'étapes tant que je n'ai pas étudié les profils des arrivées. Pour moi, l'idéal, ce sont les étapes comme en 2009 à Barcelone, avec une arrivée au sprint en côte.» (AFP)
Johan Bruyneel : «C'est un Tour assez classique avec un prologue traditionnel, pas de contre-la-montre par équipes, ce que je trouve dommage, les Alpes et les Pyrénées qui sont dures et un long contre-la-montre à la fin, a déclaré le directeur sportif belge de l'équipe Astana. (La troisième étape avec des secteurs pavés) est très importante. C'est une étape où l'on ne peut pas gagner beaucoup de temps, mais où l'on peut en perdre beaucoup si l'on a une mauvaise position, un problème mécanique, ça peut être catastrophique. Lance (Armstrong) se sent assez bien sur les étapes comme ça, je ne pense pas que pour lui ce soit un problème.» Il a en tout cas refusé de réduire ce Tour à un duel entre Alberto Contador et Lance Armstrong : «N'oublions pas Andy Schleck. Il y a aussi d'autres coureurs comme Wiggins. Cela va être intéressant. Je le répète chaque année, on spécule mais c'est toujours le coureur le plus fort qui gagne le Tour de France et ce sera la même chose l'année prochaine». (Avec AFP)